Alimentation et identité

Pour moi, l’alimentation végétale, c’est quelque chose de profondément existentiel, de vital et d’intrinsèquement relié à l’enfance.

À seulement 3 ans, je comprenais parfaitement bien que pour obtenir de la viande, il fallait faire souffrir des animaux. Je ne faisais pas que le comprendre : j’étais capable de le ressentir dans ma chair.

Et pourtant, je n’ai jamais rien dit. Je n’ai jamais revendiqué de devenir végétarienne étant enfant : 

Ce que je voulais le plus au monde, c’était de paraître “normale”. Ça avait l’air tellement bien et tellement confortable de réussir à se fondre dans le moule sans se poser de questions.

Et puis par rapport à la souffrance des animaux et à tout un tas d’autres choses, je pensais que devenir adulte, ça voulait dire ne plus ressentir.

Je pensais que grandir, ça voulait dire apprendre à s’anesthésier.

Alors j’ai essayé de grandir. J’ai essayé de m’anesthésier, de ne plus ressentir la souffrance, ni la mienne ni celle des autres, de tout mettre sous contrôle.

Extérieurement, je donnais le change, et même plutôt bien. À l’intérieur, j’étais un cyclone enfermé dans une cocotte-minute.

Mon point d’explosion, à partir de l’adolescence, ça a été la boulimie.

Je n’ai pas développé de troubles du comportement alimentaire parce que je voulais ressembler à Kate Moss ou à je ne sais quelle autre fille des magazines.

J’ai développé ces troubles parce que j’étais incapable de ME ressembler.

Parce qu’à force de vouloir réduire ma sensibilité à néant, pour la troquer contre le confort illusoire de rentrer dans les cases, je me manquais de respect de la pire des façons qui soit. 

Et la vérité, c’est que la boulimie m’a sauvé la vie.

Sans elle, si j’avais réussi à maintenir toutes les apparences sous contrôle comme je tentais désespérément de le faire, j’aurais fini par me nécroser de l’intérieur.

À 25 ans, j’aurais déjà été une vieille conne complètement aigrie, et à 30 ans, je n’aurais plus eu qu’à me foutre en l’air comme solution radicale à cette vie qui me paraissait aussi indigeste qu’incompréhensible, et d’une trivialité triste à pleurer.

Pour moi, la boulimie a été une bouée de sauvetage, même si elle ressemblait plus à une hydre à trois têtes qu’à une gentille bouée-canard.

Elle m’a forcé à partir à MA recherche, au-delà des airs que je voulais me donner.

Et quoi de mieux pour se trouver, que de prendre ses grands idéaux d’enfant comme point de départ ?

Passer à une alimentation végétale a été pour moi autant un acte altruiste, qu’un premier pas pour m’assumer, m’affirmer et me reconnaître. Ça m’a permis de me construire comme une personne, et non plus comme un château de cartes.

Parce que j’ai découvert que devenir adulte pour de vrai, ça veut dire ne surtout pas oublier l’enfant qu’on a été.

Laisser un commentaire